Une réflexion sur le temps et les espaces

Si les œuvres de certains artistes peuvent se découvrir et s’apprécier du premier coup d’œil, d’autres méritent contemplation, méditation et lecture sensible. L’intégralité de l’œuvre d’Olivier Haberman ne peut se lire rapidement ; c’est seulement en décortiquant ses symboles que son art peut être interprété et apprécié. Pourquoi l’utilisation de l’art aborigène ? Pourquoi des réinterprétations d’œuvres majeures occidentales ?  Pourquoi une porte haussmannienne et une tempête de sable ? Ce n’est qu’en se posant ces questions, que nous pourrons nous plonger véritablement dans les tableaux ici présentés.

Un peintre narratif…

La première caractéristique, la plus apparente, du style d’Olivier Haberman depuis plus de 10 ans est l’utilisation dans toutes ses toiles des différents modes d’expression aborigènes. . Encore mal connues en Occident, ces symboliques particulières et techniques picturales (dot-painting, pintupi etc.) ont été créées par les peuples autochtones d’Australie il y plusieurs millénaires. L’artiste, passionné par la puissance évocatrice de ces différents langages artistiques, n’a cessé de rencontrer des artistes appartenant à différents peuples aborigènes, privilégiant la création de celles et ceux qui ont fait le choix de vivre et de créer au sein de la communauté de leur tribu afin de rester au plus près de l’expression originelle.  Caractéristiques de ce que nous appelons "arts premiers", leurs œuvres sont riches en symbolisme et en spiritualité, souvent caractérisées par des motifs récurrents, des points, des lignes sinueuses, des cercles, des formes géométriques, et une utilisation distinctive de couleurs vives.

L'art aborigène est principalement utilisé pour transmettre les connaissances culturelles propres de chaque peuple, leurs traditions, leur histoire et leur territoire. Il est intéressant de noter qu’Olivier Haberman utilise cet art  pour les mêmes raisons : nous transmettre ses pensées sur notre société, notre histoire et nos sources. 

Deux séries sont particulièrement représentatives. La série intitulée "Révolution Néolithique", qui se perçoit comme une réflexion sur un point crucial de notre évolution, le passage du Paléolithique au Néolithique par la sédentarisation. Ici, le formalisme de l'œuvre, la découpe de la toile en deux par un jeu de couleur et de symboliques, vient servir la thématique abordée par le peintre. 

De même dans ses nombreuses réinterprétations : European Gothic, Femme en rouge, les portraits de famille… Toutes ces œuvres, utilisant des artistes mythiques qui font partie de notre culture occidentale classique commune, font état de la réflexion de l’artiste sur une évolution de nos sociétés vers une certaine rigueur passéiste, une peur du changement de la part de certaines strates sociétales. L’objectif d’Olivier Haberman est d’utiliser le passé, l’art d’un autre temps, pour engager la discussion sur des débats de sociétés mêlant traditions et modernité.

Un peintre à énigmes…

L’importance du symbole est une autre constante du style d’Olivier Haberman. Pour Daniel Arasse, les symboles dans l'art jouent un rôle significatif dans la transmission de sens et de significations cachées et peuvent aller au-delà de la simple représentation visuelle pour porter des significations plus profondes et multiples. Représentant quelque chose de plus que leur forme physique, ils peuvent avoir des significations culturelles, religieuses, politiques ou personnelles, et leur interprétation peut varier en fonction du contexte historique, culturel et social. Arasse met en lumière le fait que les artistes utilisent des symboles pour exprimer des idées abstraites, des émotions ou des concepts difficiles à représenter directement. 

Ces symboles permettent à Olivier Haberman de communiquer des significations complexes, des allégories ou des messages cachés qui nous invitent à une réflexion plus profonde et à une interprétation subjective.

Ces symboles peuvent être un chambranle de porte haussmannien qui représente toute l'enfance, l'adolescence et l’ancrage parisien de la première vie d’Olivier Haberman, ou une feuille verte illustrant l’esprit et le renouveau d’un monde abîmé, ou la Dame de Brassempouy comme métaphore graphique de la femme dans son essence, ou encore un perroquet fidèle et un rubis éclatant. 

Cette utilisation du symbole n'est pas nouvelle chez l'artiste. Depuis les années 90, Olivier Haberman cache dans ses peintures des éléments à déchiffrer, et ce même lorsque son art se faisait figuratif. Remarquons simplement qu'avec cette maturité aborigène , la forme vient servir le fond. 


En d'autres termes, pour comprendre le message d’Olivier Haberman, il faut prendre exemple sur "Le Rendez-Vous", contempler depuis une troisième chaise les éléments centraux du tableau et sonder sa propre conscience depuis le banc sur les éléments de notre contemporanéité.

Valentine HABERMAN, Commissaire de l'exposition.